Ces petites choses quotidiennes que parfois je ne remarque plus, qui sont différentes de chez nous, parfois
typiquement boliviennes et si importantes.
En vrac....
Tous les matins, les élèves se mettent en rang devant les profs et le directeur et passent l'inspection. Ils chantent, marchent au pas militaire. Le lundi matin ils lèvent les couleurs en
chantant l'hymne national. L'après-midi ils quittent les cours en criant "Fuerza, trabajo, estudio" (force, travail étude).
Quand il y a une fête, ils décorent les voitures, les camions, les bus avec des agoyaos (tissu typique), des ustensiles en argent, assiettes, couverts, carafes, des poupées. Le chauffeur
peut à peine conduire à travers le trou minuscule laissé pour sa vision !
Ici, on baptise les chiens le jour de la San Roque en août. Et on fait tout bénir, des voitures aux enfants pas sages !
En France, quand on fait la queue, on attend son tour, enfin normalement... Ici il ne faut surtout pas essayer d'être civilisé et d'attendre gentiment son tour, sinon on se fait avoir. Surtout
par les petites vieilles, ce sont les pires. encore plus quand on est étranger. Alors un conseil, faites comme tout le monde, grillez la priorité, poussez, jouez du coude et vous aurez une chance
d'atteindre la porte des toilettes dans la journée.
Je vis à flanc de montagne, au dessus de l'école. Quand des élèves viennent le soir nous rendre visite, ils ont peur ensuite de redescendre tout seul dans le noir. Alors je dois regarder par
dessus le mur et attendre qu'ils soient sains et saufs. Ils ont peur des fantômes et âmes en vadrouille...
Ce qui attriste: Les enfants pauvres, sales, maigres qui mendient, vendent trois bricoles dans la rue jusqu'au milieu de la nuit, fouillent les poubelles. Les hommes saôuls, vautrés par terre,
inconscients, à n'importe qu'elle heure du jour et de la nuit.
Ce que j'aime bien :
Les gâteaux d'anniversaire énormes et tous blancs de crémes avec des décorations super kitchs !
Les petites filles qui sortent de l'école à Potosi, toutes bien coiffées, avec des noeuds dans les cheveux, des socquettes blanches et des chaussures à bride.
Les garçons qui se nettoient à l'eau dans le fleuve avant d'arriver à l'école. Les ados qui viennent se repeigner chez moi dix fois par jour.
Les gens qui se signent trois fois en passant devant une église ou un cimetière. Dans le même genre, mais ça me plaît moins, les chauffeurs qui ont des images religieuses partout devant leur nez,
qui se signent avant de partir puis écrasent le champignon comme des fous, conduisant n'importe comment, en ne respectant qu'une seule régle, celle du plus barge.
Les ados de la campagne aux looks de rebelles et aux coeurs innocents.
Les matrones des marchés qui trônent sur leurs trottoirs au milieu de leurs fruits et légumes. Reines sur leurs planètes. Les touristes se plaignent qu'elles ne sourient pas. Elles sont
simplement dignes et chez elles. Vous pas.
Les petits crieurs qui annoncent la destination dans les bus. Je commence tout juste à comprendre ce qu'ils disent. Après deux ans en Bolivie !
Les bandes de chien dans les rues. On se croirait dans La belle et le clochard. Bon, c'est moins rigolo quand ils envisagent de vous croquer un bout de mollet.
Les élèves d'Ockoruro qui vont à l'école par des sentiers de chèvre à pic, en jouant de la musique.
Les mères qui allaitent n'importe où, n'importe quand.
Les doigts de fée des femmes pour tisser, tricoter, crocheter. Tout en fait !
Les petits mots de Pauline, avec des auto-collants de princesses qu'elle me laisse sur la marmite du pain.
Les petits de l'école qui se jettent sur nous quand nous arrivons dans la cour. Comme une impression d'être Brad Pitt sur les Champs-Elysées...
Les petits vendeurs de glace Cayara dans la rue.
Le "boulevard" (rue piétonne de Potosi) le vendredi et samedi à certaines heures. Tout Potosi s'y retrouve bien habillé pour déambuler, parader, ragoter, commenter, critiquer. C'est un peu la
promenade des anglais version 4000 mètres d'altitude où il fait froid !
Tout le monde qui parle à tout le monde dans les bus, les rues, les restos.
La clochette du camion à gaz qui me réveille au petit matin...
Un élève jouant habituellement les gros durs venant demander de l'aide pour écrire une lettre d'amour. "Ali eres inteligente, saber decir esas cosas" (Ali, tu es intelligente, tu sais dire ces
choses-là) parce que je lui ai suggéré : tes yeux sont come des lumières qui brillent dans ma vie ou quelque chose du genre !
Les questions existentielles des gamins de 15 ans : pourquoi certaines femmes ont une grosse poitrine et d'autres une petite ? On sert à tout dans cette coopé !
J'avais plein d'autres idées mais là, elles m'échappent. Tant pis ! Je les écrirai quand j'aurai retrouvé la mémoire. (C'est pas gagné. Des amis ici m'appellent Doris pour mon ma mémoire
défaillante ! Notamment un pauvre gars, Harry, à chaque fois que je le voyais, je lui demandais "on se connait non ?". Il est pas rancunier, c'est un ami maintenant !)